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Sylvie CATY
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Les plis ...
Tout se plie, se déplie, se replie. Le pli est celui de l’âme avant d’être celui de la matière.
Durant plusieurs années, Sylvie Caty réalise un nombre impressionnant de livres en utilisant l’écriture plastique. Elle rassemble, plie et déplie les aléas de la vie ordinaire et singulière de chacun avec humour, dérision et ironie. Feuille par feuille, elle redonne à ses pièces et morceaux, une unité collective.
Ce n’est pas un hasard si Sylvie Caty a choisi de s’exprimer à travers cet objet.
La lecture ne demande t-elle pas un repli sur soi ?

La centaine de boites qu’elle fabrique par la suite se révèlent être un monde de captures, de secrets,
de confidences sur oreillers.
Semblables aux plis, elles excitent la curiosité et sollicitent des conditions d’ouvertures pour accéder aux contenus. C’est dans la répétition que Sylvie Caty excelle en s’interrogeant sur le jeu des particularités dans les généralités.

La répétition tend à se lire dans son ensemble où chaque pli n’est pli isolé mais participe à un tout.
Les répétitions clarifient, simplifient, déplient la perception et font voir ou permettent de ressentir ce qui restait impliqué, compliqué, c’est à dire au sens littéral, plié en elle et lui échappait.

Paradoxale façon de progresser vers la maîtrise, que cette technique qui invite à « tourner en rond ».

Il n’est pas besoin de longues années de pratiques pour ce rendre compte que la répétition incessante
d’un même geste est avant tout une confrontation avec soi. « Si la répétition nous rend malade, c’est elle aussi qui nous guérit. Si elle nous enchaîne et nous détruit, c’est elle encore qui nous libère. » G.Deleuze ( Différence et répétition )


après la fête

collages techniques mixtes
80 x120 cm




circulations

collages
72 x 104 cm


stratigraphies

collages
72 x 104 cm
tout l'art consiste à ne pas se faire épingler
( polyptyque ) collage, épingles
4 X 118 x 78 cm


mur d'argent

collages - peinture
10x32cm





brouillons 1 et 2

collages
72 x 104 cm



oiseaux de passage

collages
120 x 37 cm



mieux vaut plier que rompre

collage
84 x 100 cm






la vie mode d'emploi

collage
103 x 72 cm



les dits et les non-dits

collage
58 x 68 cm

A propos des plis ...

Face aux œuvres de Sylvie Caty, il est difficile de se dégager de la vision énigmatique créée.
Cette dimension préambule questionne les mémoires primordiales pour une élévation du premier regard
et des premières impressions .
La répétition noue l’œuvre en frôlant par l’abstraction des visions d’impalpables pensées de l’esprit si difficiles à transposer en matérialité.
Arc-boutée dans son intérieur sur le motif, Sylvie Caty a le désir vital du véritable artiste de graver le sens à sa création… mais, elle ne donne pas tout, tout de suite . Après le premier regard, la lecture continue…

Voyez comme le spectateur s’approche des œuvres pour d’autres compréhensions.
Il doit aiguiser son œil sur le délicat travail des plis qui contiennent, réservent, préservent l’incompréhensible caché derrière toute chose. Nous devons nous mettre dans un état de sensibilité totale pour essayer de comprendre comme le fait tout cerveau humain avec son fonctionnement intrinsèque…
Nous n’avons pas toutes les clefs et pourquoi vouloir toujours tout comprendre, tout expliquer ?
Ne sommes- nous pas assez ignorants face à notre propre existence !
Pour Sylvie Caty, tout est immanence dans des territoires secrets, inédits dans la construction de ses constellations mentales, un parcours vers la conscience ; vers sa vérité .
Un artiste ne ment pas, il est nu, son âme est là ,dans sa toile qui ne lui sert qu’à la transposer au-delà du visible jusqu’au silence. Chut ! Déplacez une œuvre de Sylvie Caty dans une pièce vide et méditez devant …

Ce silence vous parlera, vous serez en résonance avec sa mystérieuse création.
«L’œuvre d’Art est la petite fille de Dieu » disait Dante, car plus qu’un exercice de virtuosité évident, aussi admirable soit-il, seule compte la fécondité comme une surabondance de vie, de générosité ,de don de soi au monde.
Emplir des cahiers entiers de phrases, de signes, de mots comme des histoires sans fin, faire des listes exutoires , découper, inciser, creuser des livres pour les transformer en fragiles dentelles de mots à l’intérieur en gardant l’apparence extérieure de solidité…
Broder des oreillers avec des fils, dessous cacher bien des choses de l’enfance, de la vie, de secrets suggérés et mettre ces oreillers dans des boîtes…
Ne cherchez pas à savoir !
L’accumulation des boîtes suffit pour comprendre.
Ses boîtes de Pandore excitent la curiosité… Le visiteur devient inquisiteur, il ouvre délicatement, n’ose, garde son émotion surprenante en lui, ne commente pas , referme les boîtes !

Ces boîtes noires , sortes de petits cercueils concrétisent le rangement loin du regard passager, des choses à ne pas montrer à tout va, au grand air. La mythologie grecque explique qu’il ne restait plus que l’espérance au fond des boîtes de Pandore…dernier ressort de la vie.

Une vie à creuser un sillon infini sans relâche, une quête d’artiste sans fin, comme une divine évidence.

T.Teyton